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Yves Agid

◉ Membre de l’Académie des sciences, fondateur de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, Yves Agid est un cerveau XXL. Il utilise ses quelques milliards de neurones pour étudier les maladies dégénératives comme Parkinson ou Alzheimer. Ce neuroscientifique sort des sentiers battus pour explorer de nouvelles pistes de compréhension de ces dysfonctionnements du cerveau.

« Je voudrais vous raconter l’histoire de… Ah je ne retrouve plus son nom… Ça me reviendra ce soir ». Le Pr Yves Agid, fondateur de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) serait-il pris d’un subit trou de mémoire ? Pas d’inquiétude ! Ces trous de mémoire, nous en souffrons tous, nous nous en plaignons tous, mais ils ne sont nullement le signe d’une dégénérescence cérébrale. Pourquoi ces oublis ? Parce qu’on est fatigué, stressé, surmené ou parce qu’on vieillit. « Vous avez un peu moins de 100 milliards de neurones et contrairement aux idées reçues vous ne perdez pas de neurones ». Nous voilà rassurés. Quoique : si nous ne perdons pas de neurones, en revanche, nous perdons des terminaisons nerveuses. « Les connexions se font moins bien, la communication est mauvaise, la mémoire s’estompe ». En revanche, dans Alzheimer, on perd non seulement les terminaisons nerveuses, mais aussi les neurones.

Quels espoirs pour vaincre cette maladie ? Si la recherche est active, les résultats sont décevants : « Le cerveau » est compliqué. C’est comme l’univers. Vous avez 100 milliards d’étoiles dans une galaxie. Et vous avez 100 milliards de neurones, chaque neurone a des dizaines de milliers de connexions. Chaque seconde, un milliard de signaux électriques sont émis dans le cerveau ». La compréhension du fonctionnement et des dys­fonc­tionnements du cerveau avance.

Trois grandes voies de recherches sont explorées.

1. Éliminer les plaques séniles avec l’aide d’anticorps spécifiques ; des dizaines d’essais sont en cours.

2. S’intéresser aux prions, ces protéines étranges, un peu déformées, qui lorsqu’elles s’approchent d’une protéine normale, la rendent pathologique.

 3. Enfin, explorer les fonctions des cellules gliales, des cellules deux à trois fois plus nombreuses que les neurones, qui forment l’essentiel de la masse de notre cerveau.

Dans le vieillissement, c’est l’arbre qui perd ses feuilles. Dans Alzheimer, c’est l’arbre qui disparait. C’est une déforestation du cerveau !