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Didier Sicard

◉ Hier, il y avait dans le cabinet du médecin, deux personnes, le médecin et le patient. Aujourd’hui, les machines se sont intercalées. Si elles apportent des progrès, ces prothèses techniques augmentent aussi le coût de la consultation et focalisent l’attention du praticien. Didier Sicard, professeur de médecine à l’université Paris Descartes, s’interroge sur ce nouveau couple à trois. Cet ancien président du Conseil consultatif national d’éthique penche du côté du sensible en considérant que, si la machine est une aide, il faut écouter le malade généreusement, car il offre le diagnostic.

La place de l’humain c’est celle que cherche à définir Didier Sicard, ancien président du CCNE. Le professeur Sicard a « mal au scanner », autrement dit, mal de voir la technique envahir le champ de la médecine jusqu’à supplanter ce qui fait toute la beauté de la consultation, le colloque singulier. « Le médecin écoutait son patient, rencontrait son regard, lui demandait de s’allonger, de palper son ventre, écoutait son cœur et ses poumons… Aujourd’hui le stéthoscope est un élément identitaire plutôt que médical. Aux mains, aux oreilles et aux yeux du médecin, la médecine a substitué des instruments, des images, de la technique ». Et l’éthicien de conclure : « Les hôpitaux finissent par vanter leurs robots plus que leurs chirurgiens ».

Alors, quelle réponse face à celle de l’ultratechnicité de la médecine, à cet envahissement du champ de la thérapeutique par une logique de marché où les machines doivent être toujours plus performantes ? Où la santé devient une marchandise ? Où la promesse d’une éternelle jeunesse, où le salut des corps, entraine une médicalisation de chaque instant ? Car même lorsqu’on n’est pas malade, il faut vérifier, prévenir. Le silence des organes qui définissait l’état de santé devient suspect. Il faut être ultra-connecté et rechercher d’autres signes infimes qui pourraient annoncer la maladie. Est-ce là un progrès ? Didier Sicard s’interroge : cet homme connecté est-il vraiment l’avenir de l’homme ?

Les hôpitaux finissent par vanter leurs robots plus que leurs chirurgiens.