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Michel Lazdunski

◉ Membre de l’Académie des sciences, Fondateur de l’Institut de Pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS à Sophia Antipolis, Michel Lazdunski s’interroge sur la création de neuro-médicaments. Est-on sur la bonne voie pour les maladies du psychisme, les accidents vasculaires cérébraux, les trauma-crâniens, la douleur ? Comment passer des « coups de théâtre » de la recherche fondamentale à la mise sur le marché de médicaments « révolutionnaires » ? Comment répondre à l’urgence de l’attente des patients, de leur famille et de la société ?

Michel Ladzunski ouvre la séance de l’après-midi en nous expliquant comment on fabriquera de nouveaux médicaments demain. Tout d’abord, il nous entraîne dans les méandres du cerveau, et nous rappelle les découvertes fascinantes faites en 30 ans sur les mécanismes qui sous -tendent le fonctionnement cérébral. « Si ce qu’on a appris d’un point de vue moléculaire a aidé  à comprendre ces maladies, ces découvertes permirent-elles d’élaborer de nouveaux médicaments ? La réponse est non ! Aucun depuis 30 ans ! Et c’est là un défi extraordinaire auquel la pharmacologie est confrontée ».
Que s’est-il passé ? Avant 1985, les découvertes des traitements pour la maniaco-dépression, Alzheimer, Parkinson, les troubles obsessionnels compulsifs… se sont faites par hasard. En d’autres termes, un médecin observe des effets bénéfiques sur un patient, puis il extrapole aux autres… « C’est ainsi que s’est construite la pharmacologie. Aujourd’hui, aucun des médicaments existants ne passerait la barrière des essais cliniques, ils seraient tous refusés, y compris le lithium, l’aspirine ou la morphine ». Alors, quelle voie reste-t-il ? Le modèle actuel basé sur de grands essais cliniques est inopérant pour détecter des effets bénéfiques sur de petits échantillons de malades. Ces grands essais travaillent sur la masse, le patient moyen, et non sur des sous-groupes de patients. Ils coûtent une fortune : entre 500 millions et 2 milliards de dollars par essai. Des sommes colossales sont englouties en vain, déplore le Pr Ladzunski. « Comment faire ? Il faut retrouver l’élan de l’aventure, pour essayer, pour entreprendre, sortir de ces cadres rigides qui empêchent d’avancer, quel que soit l’état de la science… » La pharmacologie doit être libérée de ses carcans. Puissent les autorités de tutelle entendre ce message !

Le modèle actuel basé sur de grands essais cliniques est inopérant pour détecter des effets bénéfiques sur de petits échantillons de malades.