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Serge Picaud

◉ Il a un rêve : rendre la vue à des patients devenus aveugles. Ce chercheur de l’Institut de la vision veut réintroduire des informations visuelles dans le réseau neuronal en introduisant le gène d’une algue dans les cellules humaines. Avec cette option biologique, il compte bien en mettre plein la vue à tous ceux qui ne voient plus.

Puis c’est Gérard Muller qui nous rejoint sur scène. Ou plus précisément son ami Serge Picaud, chercheur à l’Institut de la vision. Gérard lui, n’est présent que sur l’écran. Pourquoi Gérard est-il là, parmi nous, pédalant à l’arrière du tandem ? Parce qu’il est devenu aveugle et ne peut plus faire de vélo qu’en seconde position. C’est pour Gérard et pour tous ses pairs que Serge Picaud se bat et travaille sur des projets de restauration de la vue. Une maladie a fait perdre à Gérard ses photos récepteurs. À l’Institut de la vision, il teste les dispositifs que les chercheurs mettent au point.

Première piste de recherche : les neuro-prothèses (œil bionique ou rétine artificielle). Si les photorécepteurs qui convertissent les impulsions lumineuses en signaux électriques dégénèrent, en revanche, le réseau neuronal de la rétine reste fonctionnel. La rétine artificielle est une sorte de plaque d’électrodes qui, mise au contact de la rétine, va stimuler ce réseau. « Les patients vont être capables de prendre un objet clair sur une table, de suivre une ligne blanche et de se repérer dans l’environnement ». Grand moment d’émotion lorsque Serge Picaud nous passe une courte vidéo, celle d’un aveugle qui lentement déchiffre une phrase de quatre mots, la première phrase qu’il puisse lire depuis très longtemps.

Seconde piste passionnante, la thérapie optogénétique. Il existe une petite algue qui, lorsqu’on la stimule avec de la lumière, génère de l’électricité. Cette algue est un photorécepteur. L’idée des chercheurs est de récupérer son code génétique et de le transférer aux neurones de la rétine afin qu’ils deviennent eux aussi des photorécepteurs. L’expérience a été un succès sur la souris. On espère tenter cette approche en clinique d’ici deux ans. « Faire revoir un patient aveugle est en train de devenir une réalité. J’espère pouvoir dire prochainement à Gérard : allons faire un tour de vélo, mais cette fois tu montes devant et moi je passe à l’arrière ! ».

Des salves d’applaudissements vont clore cette session. Serge Picaud se promettait de nous en mettre « plein la vue », il nous en a mis « plein le cœur »…

Faire revoir un patient aveugle est en train de devenir une réalité.