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Jean-Pierre Thierry

◉ Médecin spécialisé en santé publique, Jean-Pierre Thierry se passionne pour l’innovation technologique et biomédicale. Ce président du conseil de gouvernance d’une importante organisation professionnelle de e-santé, la branche européenne de HIMSS (Health Information System Society) examine les potentialités des data. Pour lui, les informations numériques issues des paramètres des patients vont révolutionner le diagnostic et la recherche. Ils vont aussi favoriser l’émergence d’une médecine personnalisée.

Et maintenant c’est le moment de parler d’un gros mot, « le big data », ou traduit en français « les grosses données ». Derrière ce terme, les montagnes d’information gérées dans les clouds et ailleurs. Jean-­Pierre Thierry, médecin spécialisé en santé publique, en économie et en organisation des soins, tente de nous faire entrer dans ce monde complexe.

Tout d’abord un chiffre : la puissance de l’outil informatique multiplie par deux tous les ans la vitesse de traitement des données. Ce sont donc aujourd’hui des montagnes de données qui peuvent être analysées et stockées dans des entrepôts. Ces données représentent un volume énorme. « Le prix de séquençage s’effondre, mais le prix du stockage de ces données aujourd’hui est cinq fois le prix du séquençage ! » On comprend vite le problème. Pourtant, ces données sont essentielles à la fois pour le patient et pour la recherche en santé publique. Par exemple, en cancérologie. « Ce que l’on appelle parfois les registres cancer de deuxième génération feront peut-être l’objet d’une politique publique dans des pays comme le Royaume-­Uni ou les Etats-Unis » précise le docteur Thierry.
« Il faut investir dans ces stockages, car on ne sait pas seulement stocker, mais aussi analyser. Au fur et à mesure qu’on analyse, on va pouvoir renvoyer des informations vers le médecin. On met ainsi sur pied un système d’aide à la décision pour le médecin. Avec la complexité des données actuelles, on a besoin de telles aides ».
Ainsi, le big data aidera à personnaliser les traitements, à développer la pharmacogénomique (pour connaître la susceptibilité d’un patient à un médicament). Par exemple pour les statines, qui ont des effets secondaires musculaires chez 20 à 25 % des patients. Reste un défi : sécuriser ces données afin de rassurer les citoyens sur leur utilisation. Ce n’est pas gagné !

Le big data aidera à personnaliser les traitements, à développer la pharmacogénomique.