Boris CYRULNIK

Quel avenir pour la « branche folle » de la médecine.

Quel avenir pour la branche folle de la médecine ?

« Un fou qui marche ira toujours plus loin que deux psychiatres assis, mais la psychiatrie est une science en mouvement q ui laisse de plus en plus le patient se prendre en charge … » nous dit Agnès Renard – Soubrier, initiatrice de l’événement S3Odéon, en introduisant sur scène, l’un des psychiatres les plus connus de France, Boris Cyrulnik.

Notre part de folie, notre grain de folie, Boris Cyrulnik l’illustre dès ses premiers mots : « j’ai fait un plan rigoureux, que je ne suivrai rigoureusement pas. »
Car si le rationnel est nécessaire dans nos vies, la créativité – qui se libère de la froide raison – n’est pas moins essentielle. Avec Boris Cyrulnik nous voyageons dans le temps et dans le cerveau. Remontons aux temps les plus anciens. Avez – vous déjà vu ces étranges crânes préhistoriques trépanés. « On avait creusé une fenêtre pour que les mauvaises idées s’échappent de leur tête ». Première tentative de guérir la folie. Car l’histoire de la psychiatrie, jusqu’à une période récente, c’est l’histoire de la folie.
Les moyens de guérir cette folie ? L’incantation, l’herbe, et pour finir le couteau, celui qui sert à trépaner ou lobotomiser. Ces mêmes armes se retrouvent aujourd’hui pour aider les 20 % de personnes qui souffrent de difficultés psychiques : à l’incantation correspond la psychothérapie, aux herbes les chimiothérapies, et au couteau la chirurgie.

« Je n’ai pas employé le mot folie mais « difficultés psychiques » insiste le psychiatre car dans la condition humaine il est normal de souffrir … » C’est d’ailleurs un de ses privilèges. Pour chaque malheur, l’homme souffre deux fois. La première fois lorsqu’on lui assène un coup. La seconde lorsqu’il revit dans sa tête ce moment, qu’il pense à sa signification…. « Pourquoi m’a – t – telle quitté ? pourquoi personne ne m’aime – t – il donc ? » . Et cette souffrance peut être plus vive encore.

Puisque la souffrance existe, puisqu’elle est inhérente à la condition humaine, il convient que l’homme apprenne à coexister avec elle. C’est la fameuse résilience …. « Le cerveau d u tout petit est totipotent. Le milieu dans lequel l’enfant évolue va sculpter son développement . » Plus ce milieu sera sécurisant dès les premiers mois de vie, plus la « niche affective » entourant le bébé sera solide, mieux sa capacité à acquérir des moyens de protection se construira. Et pour ceux qui restent vulnérables, la psychiatrie est là. Une psychiatrie qui à l’avenir se présentera sous de multiples formes. Boris Cyrulnik rappelle qu’il existe 4000 formes différentes de psychothérapies…. si on inclut toutes les formes d’accompagnement depuis le massage ou la musique jusqu’à la marche ou la respiration…. « On peut en inventer d’autres » . Pour le psychiatre, la santé mentale sera demain connectée . A la fois parce qu’elle recourra aux objets connectés mais aussi parce que, trop longtemps séparée des autres disciplines, elle se reconnectera au corps. « L’alimentation jouera un rôle majeur » prédit le psychiatre. Et pas seulement sous la forme de nourritures spirituelles….